Coupé de ses racines valaisannes, mené 2-0 par les Young Boys, le club de Christian Constantin remporte sa onzième Coupe de Suisse en autant de finales
Et à la fin, c’est toujours le FC Sion qui gagne… L’immuable maxime s’est vérifiée pour la onzième fois depuis 1965, mercredi soir en finale de la Coupe de Suisse. Young Boys a mené 2 à 0 à la 37e minute – but de Yapi sur penalty et autogoal de la tête de Jamal Alioui; Young Boys, intrinsèquement supérieur, aurait pu en marquer un troisième dans la foulée et la messe eut été dite; mais Young Boys a perdu 3-2, atterré par la tournure des événements, enterré suite à la cavalcade victorieuse de Guilherme Afonso à la 88e. Au Stade de Suisse comme dans l’ancien Wankdorf, Dieu est valaisan. «Nous avons tout fait pour briser leur incroyable série», lâchera Vladimir Petkovic, l’entraîneur des Bernois, encore groggy une heure après le coup de sifflet final. «Nous sommes très déçus mais dans ces cas-là, il faut savoir féliciter l’adversaire.» S’incliner, une fois encore, devant l’insondable légende.
Pour la première fois de son histoire, le FC Sion a entamé une finale de Coupe sans aligner le moindre Valaisan sur le terrain. On a pensé un moment que cela ne lui porterait pas chance; on s’est trompé. D’abord absents, très vite au bord du gouffre, les joueurs de Didier Tholot ont renversé la vapeur. «Au début, on avait les pieds qui tremblaient», admet l’entraîneur français, intronisé le 14 avril dernier. «Psychologiquement, c’était très important de réduire le score avant la mi-temps [par Goran Obradovic à la 41e]. On a de ce fait mis la pression sur l’adversaire, qui ne savait plus s’il devait défendre son avantage ou continuer à attaquer. Je ne connais pas beaucoup d’équipes qui seraient revenues de 0-2, à l’extérieur, sur une pelouse synthétique. C’est la victoire de tout un groupe, qui ne s’est jamais désuni.»
Ce groupe, c’est celui qui a causé le désespoir – et le licenciement – d’Uli Stielike l’automne dernier. Ce groupe, c’est le même qui était traité de «bande de touristes» il y a peu encore par le président Christian Constantin. Ce groupe, c’est celui qui inspirait le commentaire suivant à Umberto Barberis, entraîneur fugace, furax, de janvier à avril aux côtés de Christian Zermatten: «Ça manque de révolte. Quand je regarde les joueurs dans les yeux, je ne vois rien.»
La patte de Didier Tholot? La magie de la Coupe? Un peu des deux sans doute. Toujours est-il que dans les yeux des joueurs du FC Sion, il y avait beaucoup de choses à lire mercredi soir au Stade de Suisse. «Mon premier sentiment, c’est une grande fierté, une immense joie», lâche le milieu de terrain français Olivier Monterrubio. «On n’avait pas le droit de décevoir tous ces gens qui sont venus nous soutenir.» Le capitaine sédunois, qui n’est pas élégant par la seule grâce de son pied gauche, a choisi de brandir le trophée conjointement avec Didier Crettenand, produit local pure souche entré en jeu à la 67e minute. «Nous sommes compagnons de chambre et la veille, je lui avais dit que nous la soulèverions tous les deux. Comme ça, c’est un vrai Valaisan qui a soulevé cette Coupe.»
Une foi inébranlable doublée d’un attachement subit aux racines du FC Sion. «Ich bin ein Walliser», auraient pu déclarer tous les mercenaires de Christian Constantin, histoire de parodier la fameuse sortie de John Fitzgerald Kennedy, le 26 juin 1963 à Berlin. L’Egyptien Essam El-Hadary, le Nigérian Obinna Nwaneri, le Hongrois Vilmos Vanczak, l’Ivoirien Serey Die, le Serbe Goran Obradovic ou le Français Virgile Reset… Tous des Valaisans, oui, un peu, au moins l’espace d’un soir. Quitte à célébrer le triomphe à grands renforts de danses africaines; quitte à partir vers d’autres cieux dès le mois de juin, en bons mercenaires.
D’ailleurs, les libations qui ont eu lieu toute la nuit place de la Planta ont-elles été moins belles et enivrantes que lors des dix précédentes éditions? Assurément pas. Une fois les 110 cars, les 6 trains spéciaux et les nombreux véhicules privés de retour à la case départ, les supporters ont célébré toute la nuit. Une nouba encore attisée, vers 3 heures du matin, par l’arrivée des héros à bord d’un char.
«On ne pouvait pas priver les joueurs de ce contact avec le public», dira Christian Constantin, des confettis plein la tignasse. «Mais dès jeudi matin, il faudra oublier ce grand exploit et se replonger dans le championnat.» Dès dimanche à Vaduz, le FC Sion cherchera à sauver sa peau en Super League. «Ce match est au moins aussi important», assène Didier Tholot. «Si on le gagne, on aura montré qu’en une semaine, on peut effacer neuf mois de galère.» La magie de la Coupe a encore frappé. Et le FC Sion s’est peut-être trouvé un entraîneur pour le long terme. «Si Didier veut rester, il restera», conclut Christian Constantin. «Maintenant, s’il peut prendre une équipe prestigieuse en France, il fera son choix.» Comme quoi, en football, rien n’est jamais certain. A une exception près: en finale de Coupe, à la fin, c’est toujours le FC Sion qui gagne.
Simon MeierLe Le Temps