Le gardien des Pharaons serait en passe de rejoindre le FC Sion.
« s'enfuit pour une poignée de dollars!» Le titre, d'un rouge furieux, barre la une du quotidien Al Msaeya. Jeudi, l'annonce du départ surprise d'Essam al-Hadary, gardien de l'équipe nationale, pour le FC-Sion, a abasourdi l'Egypte. A coups d'émissions spéciales à la télévision et à la radio et de pages entières dans les journaux, les fans du footballeur-vedette ont tenté de reconstituer les circonstances de sa disparition rocambolesque.
«Désastreux pour son image»
Adulé pour ses performances dans les cages d'Al-Ahly, considéré comme le meilleur club d'Afrique, mais plus encore pour son rôle décisif dans le sacre des Pharaons lors de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) le mois dernier, Essam al-Hadary n'avait pas annoncé sa décision de quitter son club. «Je ne comprends pas ce qui s'est passé. C'est un excellent joueur, avec une popularité énorme. Il est parti en douce. C'est désastreux pour son image», note le journaliste Nabil al-Choubachy, commentateur de la dernière CAN pour la télévision égyptienne. Le gardien a en effet gardé jusqu'au bout le secret sur ses intentions, s'envolant à l'aube jeudi, avec femme et enfants, après avoir joué, l'air de rien, un dernier match avec son club.
La presse égyptienne assure qu'Essam al-Hadary, engagé jusqu'en 2010 auprès d'Al-Ahly, aurait bénéficié d'une jurisprudence de la FIFA qui permettrait aux joueurs âgés de plus de 28 ans et ayant déjà accompli au moins cinq ans dans leur club de rompre unilatéralement leur contrat. Selon les médias nationaux, Al-Ahly avait en effet refusé la semaine dernière une proposition d'achat du FC-Sion, jugée «dérisoire». Des rumeurs de transfert vers Arsenal ou Chelsea avaient également été évoquées.
Considéré comme l'artisan clé du succès des Egyptiens lors de leurs deux victoires africaines, en 2008 et en 2006, Essam al-Hadary est une véritable idole dans son pays. D'où le choc de ce départ en catimini.
«C'est un hypocrite. Il avait tout planifié, c'est mesquin, calculateur. Il se contrefiche de ce qu'il représente pour les Egyptiens. Prendre ainsi la fuite comme un voleur, c'est une vraie trahison», jette Ahmed Hossam. Lors de la finale de la CAN, le 10 février dernier, ce supporter, comme des millions d'Egyptiens, avait dansé toute la nuit pour célébrer l'exploit d'Essam al-Hadary et ses coéquipiers. Aujourd'hui, il se sent humilié.
«A 35 ans, il a préféré sacrifier sa carrière internationale pour jouer quelques années à tout casser dans un petit club! Ce n'est pas comme s'il était parti à Manchester ou Madrid», note pour sa part Moazz Mahmoud, autre fan déçu. «J'ai plutôt la sensation qu'il est allé à Sion pour se faire racheter dans quelques mois par un grand club européen, et garder la prime pour lui plutôt que de la donner à Al-Ahly», ajoute-t-il.
Après avoir gagné trois fois le championnat d'Afrique avec son club, Essam al-Hadary est considéré comme le meilleur gardien du continent. Surnommé par ses fans Saad al-Aali, littéralement «le grand barrage», en référence au barrage d'Assouan, le joueur s'est aliéné brutalement toute la sympathie de ses admirateurs en rejoignant ainsi le FC-Sion.
Un avenir compromis en équipe nationale
«Son avenir en équipe d'Egypte est, je le crains, compromis. Comment pourraient réagir ses coéquipiers?» regrette Nabil al-Choubachy. Le tollé provoqué par ce départ pourrait en tout cas faire réfléchir d'autres Pharaons, tel l'attaquant Emad Metab, qui n'a jamais caché ses espoirs de rejoindre un jour un club européen.