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Entre joie et castagne, la journée chahutée des fans valaisans

© KEYSTONE | Pour la onzième fois en autant de participations, les Valaisans jubilent, soulevant la Coupe qu’ils ont remportée après avoir pourtant été menés 2-0.Plusieurs bagarres isolées et des déprédations ont eu lieu mercredi soir à Berne, avant et après le match entre Young Boys et le FC Sion. Puis ce fut la fête en Valais.

Si elle s’est soldée par le triomphe sportif du FC Sion, la 84e finale de la Coupe de Suisse a largement dépassé le cadre d’une simple rencontre de football. Au-delà de l’esprit festif du public valaisan, la ville de Berne n’a pu éviter les incidents qui, de plus en souvent dans notre pays, accompagnent les rendez-vous de grande envergure. Ainsi, la gare de Berne s’est retrouvée au cœur des échauffourées, à l’arrivée puis au départ des supporters. Hier, la police bernoise avançait les chiffres suivants: une dizaine de blessés (légers) pour une soixantaine de personnes interpellées, dont plusieurs seront inculpées. Motifs: violence envers fonctionnaires, déprédations, infraction à l’interdiction de manifester cagoulé ou de transporter du matériel pyrotechnique.

Sécurité débordée
Rien de ce qui avait été mis en place n’a véritablement fonctionné. Ainsi, comment expliquer la présence de fans des Young Boys dans le hall central de la gare, au moment où les trains spéciaux – qui amenaient 5000 des 14 000 supporters rouge et blanc présents au match – arrivaient du Valais? Nul besoin d’être un génie de la planification policière pour imaginer que la moindre provocation peut alors servir d’étincelle. Bagarres, déprédations, les forces de l’ordre (plusieurs centaines de policiers engagés) n’ont pas manqué de travail mercredi, usant notamment de balles en caoutchouc pour séparer les plus assidus des deux camps. Selon le programme établi, les supporters de Sion auraient dû se rassembler à la Schützenmatte avant de se rendre, en cortège et sous escorte, au Stade de Suisse. Là encore, fiasco et bagarres.

Bus des joueurs caillassé
L’équipe sédunoise a aussi subi l’organisation approximative mise en place. «Au lieu de quitter l’autoroute au Wankdorf, le bus des joueurs a dû sortir bien avant, raconte Dominique Massimo, directeur général du FC Sion. Nous sommes ainsi arrivés… au milieu des supporters bernois rassemblés près du stade. Bloqué près de deux minutes, le bus a été bombardé de cailloux et de bouteilles. Les dégâts se montent à quelque 20 000 francs. Et le service de sécurité du stade n’a pas bougé. Nous regrettons vivement ce laxisme et nous le ferons savoir!»

La fête jusqu’à l’aube
Au stade, plusieurs dizaines de Valaisans ont ensuite manqué le début de la partie en raison de la lenteur des fouilles à l’entrée. Durant la rencontre, cela n’a pas empêché des supporters Bernois de brandir des fumigènes, pourtant interdits.

Une fois le Valais revenu au milieu de ses montagnes, c’est naturellement au centre-ville de Sion que joueurs et supporters se sont retrouvés. Il était alors… 3 heures du matin. «Le président de la ville ( ndlr: Marcel Maurer ) était là pour nous recevoir. Sur le podium, les joueurs ont pris le micro et dansé avec le public, témoigne Dominique Massimo. C’était très sympa! Vers 4 heures, il devait bien y avoir encore 15 000 personnes sur la place de la Planta.»

YB-Sion 2-3 (2-1)

Stade de Suisse, à Berne, 31 789 spectateurs (guichets fermés).
Arbitre: M. Circhetta.
Buts: 22e Yapi (penalty) 1-0. 36e Alioui (autogoal) 2-0. 41e Obradovic 2-1. 52e Sarni 2-2. 88e Afonso 2-3.
Young Boys: Wölfli; Portillo, Ghezal, Schneider; Schwegler, Yapi, Hochstrasser, Raimondi (60e Bastians); Varela (46e Doumbia), Schneuwly (77e Häberli), Regazzoni.
Sion: El Hadary; Vanczak, Alioui, Nwaneri (33e Sarni), Paito; Serey Die, Fermino (67e Crettenand); Reset (90e Ahoueya), Obradovic, Monterrubio; Afonso.
Notes: Sion joue sous protêt, en raison du refus de l’arbitre de s’engager par écrit à arbitrer la rencontre de manière «neutre». M. Circhetta distribue onze cartons jaunes.

François Ruffieux
24 heures

Le FC Sion livre un morceau de bravoure et entretient ainsi sa légende

Young Boys menait 2-0 avant de sombrer devant une équipe valaisanne qui signe ainsi un 11e succès en autant de participations. Renversant!

Sion entretient décidément une histoire bien singulière avec la Coupe de Suisse. Pour enlever mercredi soir sa 11e finale en autant de participations, l’équipe valaisanne a une nouvelle fois livré un authentique morceau de bravoure. Une réaction pleine d’orgueil lui a ainsi permis de faire passer de 0-2 à 3-2, face à des Young Boys qui concrétisèrent d’abord leur supériorité, avant de vivre un terrible blocage dès le premier but concédé. «Ce match, on l’a perdu avec la tête», lâchait d’ailleurs Carlos Varela, le remuant ailier d’YB. «Nos pieds tremblaient en début de partie, notait pour sa part Didier Tholot, l’entraîneur sédunois. Mais la réduction du score fut déterminante. Tombée juste avant la mi-temps, elle a mis l’adversaire dans l’embarras. YB ne savait plus s’il devait préserver son avantage ou continuer d’avancer.»

Si la composante psychologique joue souvent un rôle essentiel dans le sport, cette finale vient l’illustrer à merveille. Les spectateurs du Stade de Suisse ont sans doute perçu le gros doute, le désarroi même, qui s’est emparé des Bernois dès l’amorce du retour sédunois. Le rappel des dix précédentes éditions, dans les médias et sur tous les tons les jours précédant la finale, les mille anecdotes qui ont fait le mythe, la campagne d’intox menée par Christian Constantin - sur le thème de l’arbitrage notamment -, tout concourrait à faire de ce rendez-vous une soirée particulière. «Nous n’avions pas le droit de décevoir ces gens», notait Olivier Monterrubio, le capitaine de Sion. Qui venait d’avoir un geste de classe ayant aussi valeur de symbole, au moment de la remise du trophée, demandant à Didier Crettenand, un «vrai Valaisan», de soulever la coupe avec lui.

Tout près de la faillite
Car si la magie a encore opéré, on n’oubliera pas que Sion est passé tout près de la faillite. Et Tholot en aurait porté une large responsabilité. Quatre jours après avoir dominé Xamax en faisant preuve d’un volume offensif réjouissant - avec Afonso en pointe, Reset et Crettenand sur les côtés, Monterrubio en soutien -, le coach avait choisi de laisser Crettenand sur le banc, lui préférant un demi-défensif supplémentaire (Fermino). Cette option tactique prudente avait une autre conséquence: il n’y avait pas un seul Valaisan sur la pelouse au coup d’envoi. Un signe des temps, peut-être, mais aussi une hérésie pour ce FC Valais de légende.

Plus que médiocre, l’entame de match des Sédunois aurait pu tourner au cauchemar si le tir de Yapi (39e) avait trouvé la lucarne des buts d’El Hadary. «A la pause, Tholot a recadré l’équipe et j’ai pris la parole pour dire aux joueurs que j’avais déjà vécu des finales plus compromises», expliquait Christian Constantin. Des confettis plein les cheveux, le président démiurge évoquait encore sa relation particulière avec Tholot: «Je le connais depuis si longtemps! Il est comme un petit frère. S’il veut rester à Sion, il y restera.»

Avant cela, Sion devra sauver sa place en Super League. Avec un double rendez-vous, à Vaduz puis face à Bellinzone. «Après notre victoire en Coupe en 2006, nous avions perdu 3-0 à Wohlen en championnat», se souvient Constantin. Après la fête sur la Planta, puis un jeudi consacré à la récupération, l’équipe mettra le cap sur le Liechtenstein. Mais comment imaginer qu’un groupe qui possède autant de ressources puisse tomber dans ce piège grossier? «En une semaine, Sion peut effacer neuf mois de galère», aime répéter Didier Tholot. C’est en bonne voie!

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