En quête d'un entraîneur «qui gagne», le président du FC Sion Christian Constantin, grand agitateur du foot romand, évoque la situation de son club et admet commettre des erreurs.
Parfait. C'est l'épithète qu'on a envie d'accoler à Christian Constantin, architecte en Octodure et président du FC Sion. Dans son rôle de grand agitateur de Tourbillon, l'ancien gardien de but est parfait. Ses méthodes expéditives, sa nature romanesque et cette gouaille qui doit autant au Parrain version Coppola qu'au vigneron fullierain, font de lui l'acteur vedette du paysage footballistique romand. Tandis que son équipe, décevante 6e de Super League à 17 points du leader bâlois, peine à prendre forme, le patron vient d'éconduire un énième entraîneur. Ses rêves de stade moderne piétinent. Mais en dépit de la mauvaise passe actuelle, l'entrepreneur ne se dégonfle pas. Il persiste à penser que le FC Sion possède tout, à la veille de fêter son centenaire, pour devenir «un bon club européen». Et quel que soit le nom du futur technicien, la reprise de janvier s'annonce musclée en Valais.
Le Temps: Qui succédera à Alberto Bigon sur le banc du FC Sion?
Christian Constantin: On va mettre en branle la succession, des discussions sont en cours. Je ne vous donnerai aucun nom et je ne ferai aucun commentaire parce que ça va alimenter les rumeurs. Tout doit rentrer dans l'ordre avant le 3 janvier, date de la reprise de l'entraînement.
Des personnalités très différentes ont dernièrement occupé le poste, avec peu de succès. Quel est le profil recherché?
On peut faire toutes les analyses théoriques avant, la réalité pratique montre après que l'alchimie ne prend pas forcément. Le calendrier, la préparation, la chance: il y a tellement de paramètres qui peuvent te mener à la réussite ou à l'échec... Il me faut quelqu'un qui sache redonner de l'énergie au groupe. La solution idéale, dans un club comme le nôtre, c'est un entraîneur qui gagne.
Que reprochez-vous à Alberto Bigon et que comptez-vous faire de lui, qui est sous contrat jusqu'en juin 2010?
Ma conviction numéro 1 dans la palette des griefs, c'est que l'équipe, qui a beaucoup changé, n'était pas assez bien organisée. Comme des joueurs me l'ont confirmé, on a toujours évolué pour défendre et pas pour imposer notre jeu. Quand on affronte Carouge en Coupe de Suisse, on s'occupe de Weber, l'avant-centre, comme si c'était Van Nistelrooy. Ça ne va pas. Deuxio, on n'a pas été assez pointus dans la préparation et on n'a pas assez travaillé cet automne. Par rapport au foot d'aujourd'hui, on est trop gentils, d'où une variation importante dans nos performances. Concernant l'avenir d'Alberto, nous allons gentiment nous voir pendant les fêtes. Je ne suis pas pour qu'il parte, je n'oublie pas que c'est avec lui que nous avons célébré le doublé Coupe-Championnat en 1997.
Son licenciement coûterait-il trop cher?
Les gens peuvent le penser mais la réalité est différente. Quand tu perds sur le terrain, tu perds en recettes aux guichets, en sponsoring et en termes de valorisation des joueurs. Tout ça me coûte beaucoup plus cher que de retirer la première équipe à Bigon.
Vous effectuez beaucoup de transferts, vous changez souvent d'entraîneur et vous exigez des résultats en permanence. Ne manquez-vous pas de patience?
Nous avons pris douze points lors des quatorze derniers matches et seul Lucerne a fait moins bien. Vous me parlez de patience mais si je continue comme ça, je suis relégué à la fin de la saison.
Vous êtes-vous trompé au niveau du recrutement?
Nous avons perdu Carlitos (ndlr: parti à Bâle) et Gelson Fernandes (Manchester City), deux pièces maîtresses qui n'ont pas réellement été remplacées. Si l'entraîneur qui vient n'arrive pas à faire mieux que Bigon, c'est qu'il y a en effet un problème au niveau de l'effectif. S'il fait beaucoup mieux, on ne se posera plus la question. Nous aurons la réponse ce printemps.
Etes-vous prêt à admettre que vous avez commis des erreurs?
Dès que tu fais quelque chose, surtout dans ce secteur-là, tu commets toujours des erreurs. Mais si je prends les trois dernières années, le FC Sion a été promu en Super League tout en devenant la première équipe de deuxième division à remporter la Coupe de Suisse; en tant que néopromu, il s'est qualifié pour la Coupe de l'UEFA; et cette saison, même si je me sentirais mieux dans la peau du premier, on peut encore espérer une quatrième place.
Revenons à vos erreurs...
Il y a une erreur fondamentale que j'ai en moi: je mets toujours dans la tête des gens qu'on doit gagner quelque chose, être les meilleurs. Avec ce système, forcément, quand ça va un peu de travers comme aujourd'hui, on a du mal à s'y faire. Moi le premier. Cette saison, ma vraie erreur, c'est de ne pas avoir réagi après le 0-5 face à Zurich (ndlr: le 19 août). Je voulais réagir mais dans mon for intérieur, quelque chose m'a retenu. Je me disais que nous pourrions faire de grandes choses avec Bigon lors de la saison 2008/09, qui marquera le centenaire du FC Sion.
A propos d'histoire, le club s'éloigne toujours plus de ses valeurs traditionnelles, de ses racines valaisannes. Qu'en dites-vous?
Bien sûr que ça a disparu. Mais la jeunesse et les mentalités ont changé, et il faut arrêter de penser que tous les Valaisans sont blancs et tous les étrangers noirs. Il n'y a pas besoin de s'appeler Guillaume Tell pour jouer en équipe nationale. Le choix est simple: soit je fais une équipe de première division avec 80% d'étrangers comme celle d'aujourd'hui, soit on évolue en troisième division avec des gars de chez nous. Derrière Sion, où se trouve la première équipe à faire jouer des Valaisans? C'est Naters, qui est 11e en première ligue.
Sion a souvent bâti ses succès en «produisant» lui-même d'excellents joueurs...
Le premier qui a fait un centre de formation en Valais, c'est moi et personne d'autre. Des garçons comme Johann Lonfat, Stéphane Grichting ou Raphaël Wicky y ont effectué leurs classes entre 1992 et 97. Mes successeurs ont ensuite vidé le bâtiment pour en faire un relais pour jeunes Camerounais en Europe. Je n'ai pas envie de planter des fleurs dans un champ pour que d'autres les prennent et aillent les revendre chez le fleuriste. Cela dit, il est évident que nous devons reconstruire, planifier un système de formation pointu pour sortir de nouveaux talents. Mais cela prendra plusieurs années et pour remonter très vite dans la hiérarchie, je n'avais pas d'autre solution que de remplir ma locomotive avec des gens venus d'ailleurs.
Ressentez-vous parfois de la lassitude dans vos fonctions de président du FC Sion?
Oui, j'ai vécu ça dix, douze, quinze fois. En football, tu ne peux jamais être content, rien n'est jamais acquis. Quand une bonne saison se termine, tu es content mais ça ne dure pas. Il faut tout de suite s'investir dans la suivante. C'est un mouvement perpétuel. Mais construire un club, c'est ma passion.
Que peut raisonnablement espérer le FC Sion à l'avenir?
Je sais qu'il y a la place pour un bon club européen en Suisse romande et qu'à part Sylvio Bernasconi à Neuchâtel, aucun dirigeant ne se bouge. Pour bien faire, il faut plusieurs choses. Les infrastructures, on ne les a pas encore et pour le moment, je dois bricoler avec Tourbillon. Concernant le public, il y a le potentiel en Valais pour remplir un stade de 20000 places. Quant au budget, on est passé de 300000 francs de recettes il y a quatre ans à 22 ou 23 millions pour cette saison. On travaille, on avance gentiment.
Le Temps
Simon Meier