Me Alexandre Zen-Ruffinen, qui s’occupe des affaires complexes du FC Sion, s’apprête à déposer plainte pénale contre la FIFA. Défenseur de plusieurs anciens Xamaxiens, il suit aussi le feuilleton Chagaev de très près
Car sur les deux fronts, le répit se fait rare. Côté sédunois, la prochaine manœuvre interviendra «lundi ou mardi». Suite à l’ultimatum de la FIFA, qui somme l’Association suisse de football (ASF) de sanctionner les rebelles de Tourbillon d’ici au 13 janvier, le FC Sion s’apprête, comme il l’a déjà fait envers les dirigeants de l’UEFA, à porter plainte pénale contre l’instance faîtière du ballon rond. «Ce qu’ils font là, c’est de la contrainte crasse», dénonce Zen-Ruffinen. «L’abus de position dominante est flagrant. La FIFA demande à l’ASF de nier complètement ses propres règles et les lois qui sont en vigueur dans cet Etat de droit qu’est la Suisse. Sinon, elle est carrément exclue du monde du foot, avec les conséquences énormes que cela peut avoir pour le FC Bâle, son public, ses sponsors, ses salariés; même chose pour l’équipe de Suisse et ses partenaires.»
Pour ceux que la plaidoirie n’aurait pas convaincus: «Ce n’est pas possible qu’ils le fassent. Il y a quelque chose de schizophrénique là derrière. La responsabilité de l’ASF, vis-à-vis de l’ensemble du football suisse, ce serait de contester les agissements de la FIFA devant un juge civil. Ils essaient de nous isoler, de nous faire culpabiliser pour les autres clubs. Mais nous ne serons pas responsables pour les autres. Parce que chacun a les armes pour se défendre.»
Dans les juniors xamaxiens à l’époque, le petit Alexandre jouait ailier gauche, dans la peau de «quelqu’un qui déborde». A 37 ans, Me Zen-Ruffinen possède le sens du cadre. Cela ne l’empêche pas de tolérer les dérapages verbaux de Christian Constantin, qui n’hésite pas à évoquer le colonel Kadhafi ou les trains de la Deuxième Guerre mondiale au moment de dresser certaines comparaisons: «Il investit tellement de sa fortune et de son temps pour construire son club qu’il dénonce la façon dont se conduisent la FIFA et l’UEFA avec lui. Je comprends sa révolte et la partage. Il est profondément touché, il ressent tout ça comme une injustice énorme et s’il y a une chose qu’il déteste, c’est l’injustice.»
Alexandre Zen-Ruffinen égrène ses vérités, sans jamais élever le ton. Le propos défile, les piques à l’adversaire s’enchaînent avec habileté. La posture défendue? Celle du modeste justicier sans peur et sans reproche face à la machine puissante mais compromise. «La clé de voûte, pour nous, c’est le TAS [Tribunal arbitral du sport], dont la FIFA et l’UEFA sont des clients dominants», expose le juriste. «Il y a des signes ostensibles de leur maîtrise sur le TAS. Si on y va, on sait qu’on n’a aucune chance, parce que les réseaux d’influence fonctionnent à plein régime. On veut changer ça. Les turbulences qu’il pourrait y avoir, c’est ça. Il va falloir qu’ils acceptent des yeux externes.»
Parmi la dizaine de procédures ouvertes de Nyon à Zurich et de Martigny à Paris, l’une est qualifiée de «cruciale». «On va devoir démontrer au juge de Nyon que le TAS n’est pas indépendant et impartial», échafaude Zen-Ruffinen. «Pour le prouver, nous avons demandé à entendre plusieurs personnes. Or, les gens qui ont refusé de témoigner au TAS ne pourront, cette fois-ci, pas refuser de venir.» Parmi les gens, on trouve rien moins que Sepp Blatter. «Nous voulons l’entendre pour qu’il nous explique les tenants et les aboutissants de la relation entre la FIFA et le TAS. Ils ont compris comment verrouiller le système et éviter que des gens ne saisissent la justice civile qui, pour eux, constitue un épouvantail.»
Sont également attendus à la barre Gianni Infantino, secrétaire général de l’UEFA, pour parler de ses «relations personnelles avec certains membres du TAS»; un membre du conseil de fondation du TAS afin d’évoquer le mode de désignation des arbitres; ou encore les réviseurs des comptes, histoire d’analyser «ce qui se passerait si, un jour ou l’autre, la FIFA modifiait ses statuts et tournait le dos au TAS». L’affaire qui, rappelons-le, trouve ses origines dans le transfert du gardien égyptien Essam el-Hadary en février 2008, durera encore. En attendant, un pronostic monsieur l’avocat? «Je serais présomptueux si je vous disais qu’on va gagner, et je ne vous dirais pas ce que je pense si je vous disais qu’on va perdre.»
Simon Meier