L'ambassadeur de l'accent martignerain jouera le juré de Miss Suisse romande, avant d'emmener le FC Sion disputer sa 11e Coupe de Suisse à Berne. Au tapis pour la photo, mais sûrement pas au bord du terrain, Tintin n'a rien à envier à sa caricature
Pas de fesses et de torses nus à l'horizon, mais une attitude et un franc-parler libidineux qui plantent tout de suite le décor. Pas de la drague, juste de la provoc. On s'aligne sur la tactique de jeu pour le champ lexical: sans se connaître ni des dents ni des lèvres, il nous donne du «Stéph» et des «t'es la fille à qui?» pour la mise en jambe.
A l'eau, à l'huile
Le président du FC Sion, qui est à l'eau pour le repas de midi, n'en manque pas une pour la jouer impudique et déstabiliser l'adversaire avec la goujaterie d'un supporter de foot aviné. Il prend des risques, lui qui aime tant les petites phrases toutes faites. Parce qu'on lui rappelle que ce sont ceux qui en parlent le plus qui en mangent le moins. Si on n'était pas persuadé que Christian Constantin est plus un valesco gouailleur qu'un mal poli, on lui mettrait des baffes pour le corriger de son impudence. Le roitelet du Valais va droit au but et ne s'embarrasse pas d'ambages dans la négociation, alors les chichis de la bienséance et les fioritures dans le langage, vous pensez...
Avec l'accent de Martigny, des «s'tu veux» à la fin de chaque phrase et des sorties aussi grotesques que marrantes Christian Constantin nous explique la vie. Enfin, surtout la sienne. Quand il gagne, c'est à force de volonté comme dans la comptine de la petite grenouille qui a réussi à monter au sommet d'une montagne parce qu'elle était sourde et donc imperméable aux découragements. Quand il vire - vingt entraîneurs en cinq ans - c'est parce que, comme un melon, quelqu'un peut avoir l'air bon de l'extérieur mais être peu goûtu à l'intérieur. Quand il décroche le Champignac c'est parce qu'il se contente d'une rime facile qui passait par là ou d'un jeu de mots mal maîtrisé pour construire un grand principe. Quand enfin il marque les esprits avec son célèbre «un intellectuel assis ira moins loin qu'un con qui marche» c'est parce qu'il l'a emprunté à quelqu'un. Pas à son véritable auteur, Michel Audiard, mais à Michel Sardou et l'une de ses chansons. Le grand manitou valaisan n'a pas beaucoup le temps de regarder la télé ou d'aller au cinéma entre son fitness matinal, son bureau d'architecte et ses multifonctions au sein du FC Sion. Par contre la musique dans sa Porsche, ça, il aime.
Ambiance de match. Le foot c'est sa passion. Son ambition aussi, même s'il dit qu'il en est dénué. Il paie, «sûrement trois ou quatre fois ton salaire», loge et nourrit ses joueurs pour qu'ils gagnent, alors ils n'ont qu'à faire leur métier. Pas besoin de les engueuler pour les motiver, mais les faire pleurer oui, quand même. Car Christian Constantin qui ne fait pas vraiment dans les sentiments a pourtant pour tactique de les provoquer chez ses joueurs avant un match. Pour préparer la demi-finale de Coupe suisse enlevée il y a quelques jours, le président-coach-entraîneur a projeté une vidéo aux footballeurs dans le vestiaire. L'histoire d'un jeune garçon lourdement handicapé qui, accompagné de son père, a couru l'Ironman, le défi sportif réputé le plus dur au monde. «Je leur ai dit qu'on devait se bouger le cul quand on voyait des trucs pareils et y's ont tous chialé. Moi aussi. D'ailleurs regarde, j'ai presque les larmes aux yeux quand j'raconte.» Ça, c'est vrai. Que le FC Sion a fini par gagner, c'est vrai aussi. Et pour la finale de la Coupe, le 21 mai prochain, Christian Constantin va faire encore plus fort pour la séance de préparation. On ne dévoilera pas la tactique, mais les joueurs peuvent d'ores et déjà préparer leur mouchoir.
Ni couché ni à genoux
C'est que CC sait être fleur bleue quand il veut. Comme lorsqu'il raconte que son premier souvenir c'est la vision du ciel étoilé. «C'était la première fois que je partais en vacances avec mes parents. On m'a réveillé à 4 heures du matin et lorsque j'ai vu les étoiles, j'ai dit à mon père qu'ils avaient oublié d'éteindre la lumière.»
Et puis, il y a aussi les mots «amour», «paix», «couleur» et «espoir» qu'il piétine tous les jours dans son bureau parce qu'inscrits sur son tapis design. Un tapis sur lequel il accepte de s'asseoir pour la photo, mais pas de se coucher ou de se mettre à genoux pour tout ce que cela pourrait véhiculer comme idées reçues ou impliquer comme mauvais jeu de mots pour le titre. Puisqu'il aime les costumes de couturier, les belles chaussures et les rutilantes cylindrées, la présence du tapis dans son bureau s'explique plus pour la griffe du créateur J-C De Castelbaljac inscrite en bas à droite que pour les jolis mots. L'art, il est pas fan. Il ne le dit pas, mais s'il achète, c'est un peu pour rendre service à des artistes. Pour dissimuler un grand coeur et peut-être son manque de goût artistique, il commande et se fait faire des oeuvres sur mesure, comme ses escarpins.
Ambiance de cantine. Dans le restaurant hôtel où il possède ses bureaux, Christian Constantin distribue les poignées de main et claque des bises. Il fait peur ou alors rire, mais n'en a rien à faire. Autosuffisant et autofinancé, il reconnaît volontiers que «y'a pas à piétiner là autour», sans argent on n'impose pas son pouvoir comme il le fait. Mais son secret de réussite, c'est peut-être de régner chez lui. Ben oui, il y a ce dicton qui dit «quelque chose comme vaut mieux être numéro un chez soi, que numéro deux à Rome». Dommage qu'il faille aller à Berne pour chercher la Coupe.
J'aurais rêvé d'être...
«Une gentiane. Parce que c'est une fleur spéciale. Si t'en es une, tu peux sortir du lot et t'as la chance de vivre en haute montagne. Dans l'herbe et à l'air libre.»
J'aurais détesté être...
«La jalousie. C'est un sentiment qui empêche l'épanouissement. Tout le temps que tu passes à avoir envie de ce qu'ont les autres, tu l'utilises pas pour la création.»
Stéphanie GermanierLe Matin