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Christian Constantin : «En 1994, l'OM a voulu acheter notre match...»

Président - et parfois coach - du FC Sion, Christian Constantin révèle la tentative de corruption dont son club avait été victime à l'époque. Avant une semaine décisive, il évoque aussi le devoir de ramener la Coupe en Valais

 

Christian Constantin, quand vous ne virez pas vos entraîneurs, vous faites quoi?
Je gagne de l'argent pour payer les suivants et j'essaie d'avoir des idées dans le but de faire tourner la maison. J'ai déjà vécu plein de crises. Il ne faut pas se faire d'illusions. La crise ne fait que frapper à nos frontières. La Suisse est encore dans une bulle qui va inévitablement exploser.

Alors que les coaches défilent à Tourbillon à un rythme soutenu, Christian Gross est fidèle au FC Bâle depuis dix ans. Ça vous inspire quoi?
Gross, c'est l'exception bâloise, au même titre qu'un Lucien Favre. Les entraîneurs suisses ne sont pas faits au feu de la compétition. Au lieu d'agir, ils font des théories.

Quand le casting est mauvais dans le septième art, on a coutume d'accuser le réalisateur. Appliqué au football, êtes-vous un bon metteur en scène?
Pas forcément. L'important, c'est de reconnaître ses erreurs et de les corriger. J'ai vu défiler des entraîneurs formidables. L'ennui, c'est que ça se gâtait souvent dès qu'ils confrontaient leurs idées à la réalité.

Trente-quatre jours après sa nomination, Didier Tholot est toujours l'homme de la situation. Jusqu'à quand le restera-t-il en Valais?
Si les entraîneurs sont des melons, avec Didier, je sais au moins ce qu'il y a dedans quand j'ouvre le melon! Tholot, je l'ai eu comme joueur avant de le placer à Vevey. En 2003, alors que je menais mes batailles juridiques contre la Ligue, c'est lui qui m'a gardé le groupe en alerte pendant plusieurs mois sans pouvoir jouer. Et ça, je ne l'ai pas oublié (...). On n'a signé aucun contrat, mais mon objectif est de le garder.

Quelle est l'offre la plus déroutante que vous avez jamais reçue?
Quand on a voulu m'acheter le match de Coupe d'Europe contre le Marseille de Bernard Tapie. C'était en 1994, peu après l'affaire VA - OM. Un émissaire proche de l'OM est venu discuter...

Il n'est sûrement pas arrivé les mains vides...
Il m'a parlé d'argent, en proposant environ 1 million de francs par exemple.

Et que lui avez-vous répondu?
Que les petits Suisses n'étaient ni à vendre ni à acheter et que Marseille était bien assez fort pour l'emporter balle au pied (ndlr: lors de cette saison 1994-1995, Sion avait éliminé l'OM 2-0 et 1-3 en Coupe de l'UEFA avant d'être sorti par le FC Nantes au tour suivant).

A l'époque, vous aviez été le premier à évoquer l'impérieuse nécessité de pouvoir disposer de nouvelles installations. Or, aujourd'hui, presque tous les clubs ont leur nouveau stade, sauf Sion. Comment vivez-vous cette situation particulière?
Ça ne me gêne pas. A Bâle, à Berne, à Genève, à Neuchâtel, on a construit des stades de l'ancienne génération. Je préfère être le premier à bâtir un stade révolutionnaire, utilisant les nouvelles énergies. Le stade de Riddes sera le prototype de ce que je prévois de construire au Qatar (lire «le Matin» du 9 mai).

Revenons sur le terrain du sport. Ramener la Coupe en Valais, c'est un devoir?
On doit s'en faire une obligation pour ne pas être les premiers à la perdre. Mais ce n'est pas écrit dans le ciel que la Coupe nous appartient. Je crains autant le revêtement synthétique qu'YB. Au lieu d'avoir un adversaire, j'en ai deux. Sans parler de notre difficulté à répondre présent ces jours-ci.

Si Sion perpétuait la légende de la Coupe dans une semaine, vous seriez prêt à faire quoi?
Je ne rentrerais en tout cas pas à pied ou ce genre de gaminerie. Mais, le moment venu, je saurais quoi faire.

Tant en quart de finale à Saint-Gall qu'en demi-finale à Lucerne, vous aviez chaque fois utilisé des images fortes pour motiver vos joueurs, faisant notamment référence à l'histoire de ce jeune Américain handicapé choisissant de disputer l'Ironman, le défi sportif le plus dur du monde, en compagnie son père. Qu'en sera-t-il cette fois-ci?
J'avais diffusé cette vidéo retraçant le destin exceptionnel de Dick et de Rick Hoyt avant le match de l'Allmend et tout le monde avait chialé. Dans le film, on voit le fils lourdement handicapé demander à son père: «Dis papa, tu veux courir un marathon avec moi?» et le père répond oui. Ils courent ensemble leur premier marathon, en répètent ensuite un deuxième, etc, jusqu'au jour où le fils demande à son papa de disputer avec lui l'Ironman. Devant une histoire aussi poignante, j'avais alors expliqué à mes gars qu'il existait des hommes prêts à relever des défis impossibles et que c'était donc pour eux le moment de se bouger le cul (...). Cette fois, ma première idée a été d'inviter le papa et son fils handicapé pour cette finale. Afin de passer du virtuel à la réalité. Je les ai contactés mais ils étaient déjà occupés dans le Massachusetts. On réalisera ma deuxième idée, mais chut...

Voici quelques semaines, Olivier Monterrubio, dans ces mêmes colonnes, vous avait méchamment égratigné, dénonçant vos débordements. A la lecture de telles critiques, comment avez-vous réagi?
Ces propos m'ont rendu service car ils ont placé mon capitaine au pied du mur. En agissant de la sorte, Olivier s'est mis la pression tout seul. Alors qu'il ne faisait plus rien de bon, il a d'ailleurs répondu présent sur la pelouse en se remettant à marquer.

Vous avez longtemps prôné des rapprochements, des alliances au niveau suisse romand. L'idée est-elle encore d'actualité aujourd'hui?
Même si Freddy Rumo m'a encore appelé l'autre jour, je n'ai plus aucun intérêt à me rapprocher des autres. Le FC Sion doit se développer par rapport à sa propre identité régionale.

Justement, à quoi ressemblera «votre» FC Sion dans cinq ans?
Le club est déjà connu en Suisse, il doit maintenant se développer au-delà des frontières nationales. En devenant un client sérieux au niveau européen. Mais, avant cela, il convient de sauver notre peau en Super League.

Avec les années qui passent, que regrettez-vous le plus?
Je suis comme Edith Piaf, je ne regrette rien.

Vous ne laissez personne indifférent, on vous aime ou l'on vous déteste. Comment pensez-vous que les gens vous perçoivent?
Tel que je suis! Ma réputation de coupeur de têtes est faite, on me considère comme un consommateur de coaches. C'est sans doute vrai, sachant que le moteur de tout ça, c'est la compétition, c'est ma passion, c'est ma vie.

Christian Maillard
Le Matin
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