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CC et ses avions de chasse

Pied au plancher, Christian Constantin gare son bolide devant le stade. Il a juste le temps d'enfiler un haut de survêtement avant d'aller diriger l'entraînement en habits de ville Image © Isabelle FavreChristian Constantin évoque ses multiples casquettes et la passion qui l'anime. Le président-coach compare ses joueurs à de futurs F/A-18 dont les moteurs ont été plombés. Attention au décollage

Homme pressé, Christian Constantin est très probablement le seul entraîneur du monde à se pointer à son (nouveau) lieu de travail - un terrain d'entraînement - au volant d'une rutilante Ferrari grise, personnalisée à son nom. Son conducteur en change chaque année. Sur la pelouse, Constantin entraîne en souliers de ville, costume chic italien et survêtement en doudoune. Si le moteur 8 cylindres vrombit, CC ne se cabre pas face aux questions.

Christian Constantin, arriver en Ferrari à l'entraînement, c'est pour la frime?
Oh, j'ai encore de la marge. A Milan, Berlusconi y va en hélicoptère!

Vous roulez peut-être dans un bolide, mais sur le terrain, vos joueurs, c'est plutôt des moteurs toussotant de 2 CV, non?
Au contraire, on a des moteurs puissants mais qui ont été plombés. Mon activité consiste à les déplomber. Bientôt, ça va être des avions de chasse, des F/A-18 qui ne devront pas faire trop de bruit à cause des nuisances de l'aéroport...

Etes-vous un bon entraîneur?
Je ne suis pas un vrai entraîneur. 2 matches/3 points, je n'ai pas fait moins bien que Stielike. Je me considère plus comme un fédérateur des énergies. En poussant les êtres humains au-delà des limites qu'ils s'étaient fixées.

Quand Sion bat Vaduz, vous empochez aussi la prime de victoire?
Non, c'est l'inverse. Ici, c'est l'entraîneur qui paie les primes!

Sondages, débats, journaux, radio, télé, vous êtes partout. Sérieusement, vous n'avez pas le sentiment d'en faire parfois un peu trop?
Je n'ai aucun état d'âme sur ce qui se dit sur mon compte. Ce qui importe, c'est que je sois en accord avec moi-même. Si je ne croyais pas en moi, qui y croirait?

Un FC Sion avec un Christian Constantin dans l'ombre, se comportant comme un patron dirigeant son entreprise à distance, est-ce imaginable?
Prendre du recul, m'effacer, c'est ce que j'ai tenté de faire. Pendant 5 mois, on ne m'a ni vu ni entendu. Résultat, c'est la chienlit. Dois-je me blâmer d'avoir repris la main? Quand on se retrouve dans la purée, il faut un guide. Avec Stielike, on avait quitté la piste. On se retrouvait dans la haute neige, au bord de la falaise.

Ulli Stielike est aujourd'hui en congé maladie. De quoi souffre-t-il?
Je ne suis pas médecin et si je l'étais, je serais lié au secret. On me parle de problèmes psychologiques liés au stress.

Début juillet pourtant, vous n'aviez pas de qualificatifs assez forts pour vanter les mérites de Stielike. Est-ce à dire que vous vous êtes trompés?
Je ne parle pas de ses qualités d'homme ou de joueur. Chacun les connaît. Il n'y a pas plus chic type qu'Ulli. J'ai été déçu de son approche de la compétition. Avec lui, je n'ai pas le même Allemand qui part, très sûr de lui, au combat que celui qui revient de la guerre, dépité, anéanti.

Avant Stielike, Smajic, Gress, Chapuisat, Bigon et Zermatten ont tous connu des problèmes de santé, plus ou moins sérieux. Est-ce à dire que vous rendez malade vos entraîneurs et que la pression instaurée à Tourbillon sous votre règne est malsaine?
Sion, le Valais, tout ça, c'est particulier. Et je ne cache pas qu'il est difficile de travailler avec moi, avec une pression globalement plus forte ici qu'ailleurs. Je n'ai pas de problème à vivre avec une seule défaite. Ce que je supporte déjà moins par contre, c'est quand il y en a deux. Alors vous imaginez quand c'est une série d'échecs. Le Valaisan abhorre la défaite. Et je suis très Valaisan... Ici, on est très sanguin, comme tous les clubs situés le long du Rhône ou de la Méditerranée.

Avec le FC Sion, gagnez-vous ou perdez-vous de l'argent?
J'en perds, mais comme je suis assez bête pour accepter d'en mettre par passion.

Et c'est une passion qui vous coûte combien chaque année?
Entre la mise à disposition des infrastructures et l'exploitation, ça fait assez pour une belle production de Ferrari neuves.

Plus concrètement...
Je n'ai pas la mémoire des chiffres...

Servette bon dernier, Lausanne qui ne décolle pas, Xamax qui galère, Sion qui ne va guère mieux, le tableau du foot romand est sombre. Cela vous inquiète-t-il?
Il y a de quoi, non? Partout, il faut ramer. A ce rythme, on sera tous foutus. Le seul endroit où le foot s'en sort encore bien, c'est en Valais. Pour autant que les supporters arrivent à comprendre ça.

Le vrai roi de Martigny, finalement, c'est qui? Vous-mêmes?
Oh non! Des rois, il y en a plusieurs, tous plus importants que moi. Entre Pascal, notre président de la Confédération, Léonard Gianadda, Pierre-Marcel Revaz (ndlr: PDG et fondateur du Groupe Mutuel) et mon papa, le choix est vaste...

La politique, ça vous attirerait?
Je n'ai ni ce profil ni cette patience. J'ai besoin de tout le monde. Je ne peux pas partir dans des conflits d'intérêts entre le voisin d'au-dessus avec celui d'en-dessous. Je suis plus fait pour la marche en avant. Je raisonne à l'échelle du temps. Qu'est-ce que je peux faire et construire dans celui qui m'est imparti, voilà ce qui m'importe. C'est mon naturel d'aller vite. C'est là que je suis le plus en adéquation avec moi-même. Je concède qu'il est parfois difficile de me suivre. Même les emmerdes, je souhaite les régler rapidement.

Cet après-midi au Bois-Gentil, le président-entraîneur que vous êtes retrouvera l'un de ses anciens entraîneurs. Ces retrouvailles avec Gabet Chapuisat, vous les appréhendez ou vous vous en réjouissez plutôt?
Pourquoi ne m'en réjouirai-je pas? J'ai beaucoup de sympathie pour Gabet. Je suis quand même le seul président de Super League à lui avoir donné sa chance...

Nicolas Jacquier
Le Matin
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