Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Auto 24

Avec Christian Constantin, sur les sentiers de l'enfance et des mélèzes | 09 avril 2008

Dans cette forêt de mélèzes, au Col des Planches au-dessus de Martigny, Christian Constantin est chez lui. Il vient d'en acquérir un hectare et hésite encore à y construire soit un village de vacances — ou de repos pour son équipe — soit une hacienda pour sa famille. COL DES PLANCHES, LE 16 JANVIER 2008 | PHILIPPE DUBATHSANS PORTABLE  Le président du FC Sion nous a emmenés à Branson, puis au Col des Planches. Son téléphone portable éteint. 

La balade avec Christian Constantin a commencé par un miracle: pour être tranquille, il a bouclé son téléphone portable. Sympa. Nous sommes partis de Branson, le village où est née la maman de Christian, où elle a rencontré le papa de Christian et où subsiste la jolie maison à volets bleus qui rappelle Charlotte, décédée à 33 ans, quand Christian en avait 13. «Ma mère m'a laissé la conscience de la fragilité de la vie. Elle m'a aussi appris, par sa maladie, à ne pas croire tout ce qu'on me raconte...»

L'homme au souffle impeccable qui grimpe vers les hauts du village, vers le châtelet gris qu'on devine à peine, tout là-haut dans les murs de vignes, n'est plus un enfant depuis longtemps. Mais il vit une vie qui est une aventure digne des rêves de gosses. Architecte et promoteur à succès, patron d'un club populaire, il avoue avoir en ce moment pour un milliard de francs de projets immobiliers en instance de démarrage. Il n'en oublie pourtant pas les sentiers de jadis: «J'aime venir marcher ici au printemps, c'est-à-dire en janvier déjà, car ici la belle saison arrive avec trois semaines d'avance. Là-bas, au fond, il y a la Combe d'Enfer, qu'on appelle ainsi en raison des hautes températures estivales qu'on y relève; et là-bas, de l'autre côté, dans la caillasse des Follatères, c'est plein de serpents de toutes sortes.»

En quelques minutes, tout est clair: Constantin n'est pas un simple promeneur, c'est un guide. Il sait mille choses sur le Valais, son pays. Sa mémoire prodigieuse que le monde du sport connaît bien l'aide à retenir des détails qui disent l'histoire d'ici, des vallées, des villages, des montagnes dont il connaît chaque nom. En baskets, sans lunettes noires, sans costard sombre «Je suis bien obligé de m'habiller ainsi pour les relations d'affaires, pour les sponsors!» Constantin retrouve l'allure du sportif d'élite qu'il a été, il ne faut pas l'oublier.

Que ceux qui évoquent volontiers les mauvaises reconversions des footballeurs une fois leur carrière terminée, retiennent son exemple dans leurs statistiques.

Nous montons dans les vignes, ça grimpe follement. Une halte pour regarder au loin un bâtiment, une usine où sont regroupées et chouchoutées les pommes de la Plaine du Rhône, puis une autre construction, puis une autre encore: les traces de l'entrepreneur Constantin sont partout. Nous marchons vers Tassonnière, lieudit ainsi nommé en raison des nombreux blaireaux qui multiplient depuis longtemps leurs lotissements souterrains dans le secteur. Le guide Constantin, malice sur les lèvres, évoque le châtelet gris, là-haut: «On dit, et c'est peut-être tout faux, ou tout juste, que Monsieur le curé qui y habita longtemps était un prêtre moderne, et savait recevoir les «confessantes»... Certains croient même voir dans la région des gens qui lui ressemblent!» Nous arrivons à Tassonnière, justement, chez Enzo Cavazzana. Une poignée de main, un peu d'eau, une bouteille de Marsanne blanche de chez Jean-Daniel Favre à Chamoson: le sens de l'accueil à la valaisanne, c'est du réel. Il se met à évoquer les enfants, la famille. «Je voudrais qu'ils trouvent l'équilibre entre la joie de vivre, le travail, la responsabilité, l'honnêteté.»

On comprend bien Constantin le papa, certes, mais Constantin parlant d'honnêteté, ça fera forcément sourire quelques personnes en Europe, et il le sait: «Pourtant je suis honnête, je l'ai toujours été. Mais ce n'est pas parce qu'on est honnête qu'on ne doit pas défendre ses intérêts. Je suis tenace, je n'ai pas peur d'empoigner les problèmes quels qu'ils soient, je n'ai pas peur d'être optimiste. Et je comprends vite les choses, plus vite que d'autres, ça m'aide pour les affaires mais ça ne fait pas de moi un génie. D'ailleurs...» D'ailleurs? «Je n'aime pas me sentir ignorant, faire de mauvais choix, ni, parfois, mon manque de tolérance.»

Nous quittons le châtelet gris, direction en voiture Orsières, où nous mangerons au Catogne. Constantin allume son portable, juste pour voir: 45 appels en absence, 15 messages. Et il l'éteint. A table, Constantin évoque les 97 alpages du Valais; le travail de Martial, son père, fin connaisseur de la pierre; la vallée du Rhône «la plus belle du monde»; l'infinie diversité des paysages valaisans; les supporters du FC Sion qui descendent de partout pour les matches. «Si tu n'aimes pas la région où tu es né, où tu habites, qui peut t'aimer?» lâche Constantin avant de rejoindre une autre de ses terres: le col des Planches, au-dessus de Martigny. Nous marchons dans la neige et le parfum des mélèzes et saluons le chalet du «petit frère» Christophe. La main sur les écorces, le regard sur la minuscule piste de ski où volettent ses souvenirs de môme, Constantin est ici chez lui: il vient d'acquérir un hectare de forêt. «Le rêve, c'est installer ici ton équipe, le mardi soir, et jouer le lendemain contre Milan en Ligue des Champions dans le nouveau stade valaisan. Que je ferai, bien sûr!»

» Bio express

1957Naissance, le 7 janvier, à Martigny.

1962 Premier jour d'école. «On disait que Mme Paccolat était sévère, mais avec le temps je crois qu'elle ne l'était pas tant que ça.».

1963 Décès de Kennedy. «La communication planétaire débutait».

1970 «Décès, le jour de la Fête des mères, de Charlotte, ma mère. La victoire du Brésil, au Mondial, m'a fait du bien.»

1985 Naissance de Armelle, «ma première fille».

1989 Décès d'Irène, la mère d'Armelle.

1993 Mariage avec Carole.

1994 Naissance de Barthélémy.

1998 Naissance de Charline.
Et des dates sportives, des victoires en Coupe, en championnat, avec le FC Sion.

 

«Le foot m'a appris à bouger dans la vie»

- Si vous étiez un petit gars de 15 ans dans une banlieue de grande cité?

- Tant que les jeunes rencontreront des gens déformés, ils seront déformés aussi. Les rencontres, la chaîne humaine, la famille, la vie associative, la culture: c'est cela qui façonne les gens de demain. En France, plus de 50% des enfants naissent hors du contexte familial, on imagine ce que cela donnera dans 30 ans!

- Franchement, vos entraîneurs virés les uns après les autres, c'est quoi?

- Trouver quelqu'un qui, tous les jours, a le même enthousiasme, la même envie, la même passion, c'est difficile. Et ils veulent presque tous revenir chez moi quand même...

- Ce que le foot vous a apporté?

- La confiance, le collectif, la découverte de la victoire et de la défaite. Le football m'a appris le mouvement, à bouger dans la vie.

- Vous aidez beaucoup d'artistes, pourquoi?

- Pour soutenir la passion, le talent qui n'est pas encore connu, mais qui mérite de l'être.

Philippe Dubath
24 heures

Publié par obol à 21:57:46 dans Foot FC Sion Valais | Commentaires (0) |