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Avec Constantin à Berne, où El-Hadary a vu perdre le FC Sion | 26 février 2008

PHILIPPE DUBATH | Essam El-Hadary. Le gardien égyptien champion d'Afrique et son épouse se trouvaient dans les tribunes du Stade de Suisse, hier. Une défaite de plus: le retour en voiture a été plutôt silencieux. Le jeune gardien Gonzalez a fait son travail, mais le président veut la star égyptienne.

Que se passe-t-il dans la tête d'un président de club qui vient de sanctionner son gardien titulaire, qui lance dans le bain un espoir, qui cherche à acheter le portier de l'équipe nationale d'Egypte, qui investit, investit et investit encore, mais qui voit son équipe descendre, descendre et descendre encore au classement? Pour le savoir, ou disons pour en avoir une petite idée, on a accompagné hier Christian Constantin vous l'aviez reconnu? à Berne où le FC Sion s'en allait affronter Young Boys.

Première surprise à l'aller: sur le siège arrière de la voiture pilotée par Dominique Massimo, le directeur du club, il y a... Alberto Bigon. Oui, l'entraîneur italien licencié par Constantin avant Noël. «Vous êtes là, Monsieur Bigon, et pas fâché?» L'ancien attaquant de l'AC Milan ajoute à son élégance redoutable un sourire digne des grands acteurs italiens des années cinquante, qu'on peut interpréter de mille manières. Et il ajoute: «Un peu quand même, mais l'important, c'est que lui ne soit pas fâché contre moi...» Lui, c'est Constantin, assis à l'avant, à droite du conducteur. Constantin se marre: «Alberto, maintenant, est consultant. Il est en train de réussir à faire venir chez nous un toubib italien renommé qui s'occupera des joueurs. Il est aussi architecte, il nous conseille dans la construction du nouveau centre d'entraînement intérieur.» Bigon sourit encore mais ne dit rien, et d'ailleurs il ne dira plus grand-chose, on le verra par la suite.

«CC est devenu fou»

A Berne, entre le parking et les tribunes, Constantin doit s'arrêter pour serrer des mains. Des «sécus» aux dirigeants, on le reconnaît, on l'arrête, on lui dit bonne chance. Pas de sifflets, pas de remarques désagréables. Pas encore. Il croise Schällibaum. Poignée de main, sourires. «C'est fou comme mes anciens entraîneurs me gardent leur affection.» Un salut aux joueurs dans les vestiaires. On joue depuis cinq minutes trente quand il enlève ses lunettes de soleil, ce qui est une bonne chose puisqu'il était le seul, dans la tribune entièrement ombrée, à les avoir laissées. «Ce terrain synthétique, c'est un autre football, quand même.» C'est vrai, le ballon va vite, rebondit, et le moindre contact physique entraîne un fort déséquilibre, et souvent une chute.

Vingtième minute, un à zéro pour Sion. Constantin est debout, Massimo aussi. Derrière nous à droite, Essam El-Hadary, le gardien égyptien, regarde le match avec son épouse. Tout là-haut à gauche, dans les gradins d'en face, les supporters valaisans sortent leur artillerie. Les voilà, les sifflets et les remarques désagréables. Young Boys égalise. Grossière maladresse en défense. Constantin: «Cette saison, on n'arrête pas de faire des cadeaux.» Mais détaillons un peu l'artillerie des supporters qui ont déplié leurs banderoles: «Luisier réveille-toi, CC est devenu fou!», ou «CC enfile un maillot, qu'on puisse te virer.» On lui demande si c'est vrai, s'il n'est pas devenu fou, avec toutes ses décisions à toute allure. «Fou, non, pas plus qu'avant. Les supporters ont le droit de parler, moi j'ai le droit de diriger.» Mais financièrement, tous ces joueurs sous contrat, et l'Egyptien qui viendrait encore s'ajouter à la liste, n'est-elle pas là, la folie, la démesure? «Tout dépend combien on me demandera pour lui. Mais j'ai ma limite dans ma tête. Je sais jusqu'où je n'irai pas. Cela dit on a besoin de lui, il nous faut une grosse personnalité derrière l'équipe, et lui, c'est l'homme idéal.»

Aux vestiairesà la mi-temps

Mi-temps, il file aux vestiaires. Pour dire qu'il faut continuer à faire du jeu, insister avec la balle. Mais c'est Young Boys qui marque encore. Sion ne s'en sort pas. «Pourtant, le petit David Gonzalez a bien fait son travail» dit Constantin.

Sion, au classement, est en danger. Le président valaisan le sait. Avant même que le match soit terminé, il lâche: «Depuis octobre dernier, je sais qu'il y a un risque. La deuxième saison, après une promotion, est toujours difficile. De toute façon on doit agir, réagir, on ne peut pas continuer à se dire que ça ira mieux demain... Et puis on sait que dans le football, il y a des moments comme ça.» Mais ne met-il pas trop de pression, ne cause-t-il pas indirectement les erreurs individuelles? «Quelle pression, je n'ai jamais dit aussi peu de choses aux gens...» Constantin attend la réponse du club Al-Ahly, qui avait selon lui promis de laisser partir son gardien en Europe. Puis il faudra l'accord de la FIFA. Puis... El-Hadary jouera peut-être un jour pour l'équipe valaisanne. Contre Xamax, dimanche déjà? «Si c'était possible, bien sûr...», admet le président dans la voiture, au retour. Retour silencieux: Bigon ne dit pas un mot, s'endort un peu, Massimo conduit, Constantin est déjà à dimanche prochain.

Il y a trente et un ans, il faisait, comme David Gonzalez, son premier match comme gardien en LNA, à St-Gall. Il avait gagné 1-0 avec... Xamax.

Philippe Dubath
24 heures

Publié par obol à 21:47:05 dans Foot FC Sion Valais | Commentaires (0) |