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CHRISTIAN CONSTANTIN Une dixième victoire en finale de Coupe ce lundi? Le tout-puissant président du FC Sion y croit. Il parle de ses ambitions, de sa réputation, mais aussi des tragédies qui ont marqué sa vie
Si Sion perd la finale à cause de l'arbitre, allez-vous lui régler son compte dans le vestiaire?
Je n'aurai pas besoin d'intervenir, dans le stade il y aura déjà 13'000 Valaisans fous furieux.
On ironise évidemment parce que vous venez d'être condamné à 42 jours de prison avec sursis pour avoir agressé un arbitre après un match houleux à Kriens en 2004...
La conciliation, je l'ai refusée. Je veux aller plus loin, jusqu'au procès, car je suis innocent et je le prouverai.
Quand vous répétez que Lucerne, votre principal concurrent pour la promotion en Super League, est avantagé par les arbitres, vous ne vous montrez tout de même pas un peu mauvais perdant?
Non, même Blick le dit. Un but tout à fait valide de Vaduz contre Lucerne a été annulé scandaleusement. Il y a un a priori contre Sion même chez les arbitres, sans doute à cause de mes conflits avec la Ligue.
«Je lui faisais trop d'ombre», a déclaré Gilbert Gress, l'un des nombreux entraîneurs que vous avez licenciés. A Sion, le chef, c'est vous, vous seul?
Ce jour-là, Gress avait pris un gros coup de soleil. Ce n'est pas moi qui licencie les entraîneurs, c'est le Totomat. Je veux des résultats, et voilà. Avec Christophe Moulin, qui est aussi un ami, les choses ont été claires dès le début: si un jour on doit se séparer, notre amitié n'en souffrira pas. Mais, pour l'instant, les résultats ne sont pas mauvais et il a du plaisir.
Sur 7 millions de budget, combien mettez-vous de votre poche?
Un peu plus de 400 000 francs cette saison, sans compter les dépenses exceptionnelles. Mais, quand j'ai repris le club en 2003, j'avais sorti plus de 2 millions.
Le chiffre d'affaires de votre bureau d'architectes dépasse les 150 millions, on vous traite de mégalo, de Tapie des Alpes. Vous êtes vacciné contre cette réputation?
De tous les gens qui parlent de moi, j'en connais à peine 0,5%. Récemment, à la TV, le syndic du Locle, que je ne connais pas, a refusé de citer mon nom tellement il me déteste. A l'opposé, je reçois plus de mille lettres par année qui me félicitent pour ce que je fais pour le foot. La gloire, je m'en tape. Ce que je fais pour le FC Sion, c'est par passion uniquement. Le foot est la passion de ma vie.
Vous avez pleuré, dans le vestiaire, après la demi-finale contre Winterthour?
Oui. J'ai vu un tel bonheur dans les yeux des joueurs. S'il m'arrive de pleurer, c'est de joie, jamais suite à une déception.
Neuf victoires en autant de finales. A combien estimez-vous les chances du FC Sion de perpétuer la tradition contre YB?
Sur le papier, YB a 80% de chances de l'emporter. Jamais une équipe de deuxième division n'a gagné la Coupe. En plus, YB est avantagé par le règlement, qui l'autorise comme équipe de Super League à aligner cinq étrangers contre trois seulement pour nous. Mais les finales, où l'émotion joue un si grand rôle, Sion les a toujours gagnées avec le c?ur, les tripes. C'est le public, une nouvelle fois, qui peut nous faire triompher: les 13 000 supporters valaisans trouveront tous à leur place un drapeau rouge et blanc et une trompette, de quoi mettre le feu au stade. On est peut-être à 90 ou 120 minutes d'une qualification européenne. Demandez à un Fribourgeois ou à un Vaudois ses origines, il vous répondra du bout des lèvres. Le Valaisan les proclamera avec fierté. C'est cette fierté-là qui a si souvent fait basculer la finale.
Et, avec vous, Sion a retrouvé son public...
Dans les gares, il y en a qui ont dormi dans des sacs de couchage la veille de l'ouverture des guichets pour être sûrs d'avoir un billet pour la finale. On aurait pu en vendre 35 000. La saison avant mon arrivée, la moyenne de spectateurs à Tourbillon avoisinait les 2000 en Super League, aujourd'hui elle frôle les 9000. Ce qui nous place en troisième position derrière Bâle et YB. Quand on fait du spectacle, mieux vaut jouer à Broadway que dans le Sahara.
Quel sera votre rôle durant la préparation de cette finale?
Je vais intervenir trois fois. On aura, avant le départ, une discussion avec l'équipe après avoir visionné une cassette résumant les moments décisifs des neuf premières victoires. Le dimanche à 2 h, je réserve une surprise, et puis je ferai un dernier speech lundi. La technique, je n'y touche pas, c'est le registre de Moulin, c'est sur le plan mental, si décisif, que je veux agir. En 1995, notre attaquant ivoirien Ouattar était si angoissé la veille de la finale que je l'avais pris dans mon lit: pour le rassurer, je lui avais caressé la tête toute la nuit comme à un gamin. Comme il est musulman, il avait son tapis de prière au pied du lit. Le lendemain, lui qui était si maladroit parfois nous avait planté les deux goals décisifs contre GC, ce qui lui avait valu un transfert au Sporting Lisbonne.
Coupe, montée en Super League, Sion, en un mois on peut tout gagner ou tout perdre?
C'est ça qui fait la beauté du sport.
Votre but est tout de même d'en faire de nouveau un club phare du pays?
Oui, le but est clair: jouer la Coupe d'Europe en 2009 à l'occasion du 100e anniversaire du club.
Dans quel stade?
Ici, à Martigny. Il offrira 23 000 places. La construction des commerces va commencer cet été, celle du stade lui-même à la fin de l'année. Il y a urgence: vieux de 40 ans, Tourbillon n'est même plus homologué pour la Super League.
Dans une récente interview, Armelle, votre fille de 22 ans, vous décrivait comme un papa poule, un papa gâteau.
A la maison, c'est ma femme, Carole, qui a toujours assuré admirablement l'éducation des enfants. Moi, pour Armelle, mais aussi pour les deux derniers, Barthélemy (12 ans) et Carline Eden (9 ans), j'ai toujours été le papa copain. «Nous, en tout cas, on sait te rouler», ironisent souvent les deux cadets.
N'y a-t-il pas dans votre réussite comme un goût de revanche? Les drames ne vous ont pas épargné. Votre mère est morte lorsque vous aviez 13 ans.
Victime d'une leucémie, elle est décédée à 33 ans. C'était une belle et grande dame. Je l'ai vue souffrir, dépérir pendant sept ans, et c'était encore pire pour ma petite s?ur. Je faisais la lessive; tous les jours, je priais pour qu'elle guérisse. Serais-je devenu le même sans cette épreuve? Cela m'a, en tout cas, enseigné que tout est relatif dans la vie et qu'on ne peut rien faire contre la maladie.
La maman d'Armelle a choisi de quitter ce monde alors que la petite avait 2 ans à peine.
On n'était pas mariés, elle était plus âgée que moi. Elle m'a laissé une très belle lettre dans laquelle elle disait à quel point elle m'aimait. Certaines personnes ont des souffrances intérieures contre lesquelles on reste impuissant. Un psychologue, resté depuis un ami, m'a conseillé, pour Armelle, de trouver le plus vite possible une structure familiale. Avec Carole, tout s'est passé à merveille.
Agé de 74 ans, votre père possède toujours une petite entreprise de pierres artificielles à Vernayaz.
Je lui dois énormément Toute sa vie, il s'est levé chaque matin à 5 h 15 pile. J'ai été éduqué par le travail. C'est peut-être mon secret.
Vous caressez encore un grand rêve?
Oui, ce lundi, à Berne.
Publié par obol à 18:10:17 dans Foot FC Sion Valais | Commentaires (0) | Permaliens
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