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Pour conquérir le public, il faut du grand spectacle et des résultats. | 17 mai 2005

CARTON JAUNE AU FOOT SUISSE


Christian Constantin, le turbulent patron du FC Sion, jette un oeil sans concession sur le football helvétique, selon lui peu soutenu et mal géré.

En entrant dans le bureau de Christian Constantin, l'oeil est happé par un loup empaillé au regard inquiétant. Pas de quoi rassurer le visiteur qui s'aventure dans l'antre d'un homme célèbre pour ses coups de sang. Ce jour-là pourtant (fin avril), le promoteur de Martigny et patron du FC Sion s'est montré chaleureux, tout en envoyant des coups de griffe à la Swiss Football League, à l'Etat ou à la télévision suisse.

Le grand problème du football, c'est la désaffection du public?
Non, un club avec une assise solide peut vivre, grandir et engranger des résultats. Alors le public suit.

Croyez-vous vraiment que le foot fait toujours autant rêver les mômes?
Je reviens de Milan. Ils mouraient tous d'envie de m'accompagner.

L'AC Milan ne fait pas partie du championnat suisse.
J'avais remarqué. Les grands événements nationaux et internationaux font toujours autant vibrer. Songez à notre équipe nationale! 20000 Suisses se sont déplacés à Paris pour la voir jouer contre la France! Il nous faut du grand spectacle et des résultats. Pour un club suisse, cela implique d'être capable de relever le défi en coupe d'Europe. Chaque année.

Avec de tels objectifs, les clubs vivent au-dessus de leurs moyens...
Il ne faut pas investir l'argent que l'on ne possède pas.

Est-il économiquement réaliste d'avoir dix équipes suisses rivalisant avec les grands clubs européens?
On ne s'occupe pas de foot par réalisme! Chaque année, il n'y a pas d'argent. Il faut donc aller en chercher, il faut travailler et viser l'excellence. Ce ne sont pas les sous qui font défaut, ce sont des hommes, prêts à lever leurs fesses de leur fauteuil.

Vous ne gagnez donc pas d'argent avec le FC Sion.
(Il soupire) Le foot sert à donner du plaisir au public, à renforcer la fierté d'une région. Quand j'explique que je laisse des centaines de milliers de francs par an dans le club, personne ne me croit.

En mélangeant foot et business, vous suscitez pourtant la suspicion.
Au moindre pas de travers, je suis sanctionné. Je crois que l'on ne met pas autant de bâtons dans les roues des grands patrons d'entreprises. En vérité, la Suisse a du mal avec son élite.

Comment les clubs peuvent-ils trouver de nouveaux revenus?
Le foot suisse souffre d'un double handicap: les loteries et les droits de télévision. A l'étranger, les chaînes privées achètent des images sportives aux fédérations, en respectant les lois du marché. Ici, oubliez l'offre, oubliez la demande. Nous sommes face à une télévision étatique qui nous dit: «Je vous donne telle somme, si vous n'en voulez pas, allez vous faire voir.»

Combien d'argent revient au football?
TF1 achète pour 200 millions d'images sportives, la SSR pour 20 à 30 millions, toutes fédérations confondues. 6,5 millions reviennent au football. Pourtant la télévision suisse conserve un bel audimat grâce au foot. Elle continue toutefois à donner un petit peu à chacun. Principale conséquence de ce saupoudrage: tout le monde risque de couler. Bel autogoal! Quand tous les clubs romands auront fait faillite, la TSR aura du mal à conserver son audience.

Vous évoquiez également les loteries...
En Suisse, les loteries engrangent 2,7 milliards. Environ 1,3 milliard est redistribué aux joueurs et un milliard est absorbé par les frais d'organisation! Restent quelque 350 millions: 270 pour la culture, 80 pour le sport. Et dans ces 80 millions, deux reviennent au foot professionnel. Suis-je le seul à percevoir un déséquilibre?

En fait, vous en appelez à une politique sportive plus ambitieuse.
Le sport donne des valeurs aux jeunes. Si nous leur enlevons l'envie de devenir les Zidane de demain, alors ne nous étonnons pas de trouver des dépressions ou des problèmes de drogue. Il vaudrait mieux payer pour offrir de la joie que pour des soins. La Suisse veut bien aider les victimes du tsunami, mais pas sa jeunesse!

Vous luttez aujourd'hui sur le nombre de promus en Super League.
Le règlement stipule que le dernier de première division doit être relégué. Servette n'ayant pas terminé le championnat, il n'est pas concerné. Le neuvième doit donc descendre, et le huitième effectuer un barrage. Cela implique que les deux premiers de seconde division doivent monter, et le troisième jouer le barrage. La fédération ne pense pas comme moi, un tribunal jugera.

S'il vous donne raison, ce sera tout bénéfice pour Sion, flirtant avec la troisième place de Challenge League...
Je ne fais que lire le règlement. J'espère qu'il ne s'agit pas d'un texte que l'on interprète. La Swiss Football League (SFL) a déjà montré que les règles ne sont pas appliquées à la lettre pour tout le monde.

Par exemple?
L'an passé, l'un des responsables du comité des licences était lié à Servette. Alors on a un peu fermé les yeux.

Sous-entendez-vous que le club genevois n'aurait pas dû faire partie de l'élite cette saison?
Il n'avait raisonnablement pas fourni les éléments nécessaires à l'octroi d'une licence. Si le dossier avait été convenablement traité, Servette aurait dû être relégué.

Parlons d'avenir: où en est votre projet de grand stade à Martigny?
Il sera financé par l'activité commerciale créée autour du foot. Du côté des terrains, tout est négocié. Nous préparons aujourd'hui la demande d'autorisation de bâtir. Le premier coup de pioche devrait être donné dans un an environ.

Les Sédunois acceptent-ils de voir partir leur équipe à Martigny?
Il ne s'agit que de 25 kilomètres. Le club pourrait s'appeler le FC Sion-Valais, puisqu'il représente une région.

La construction de l'enceinte dépend-elle des résultats du FC Sion?
Le stade n'a aucun sens si le club n'appartient pas à l'élite. Si nous ne montons pas cette année, ce sera pour l'an prochain.

Que pensez-vous de l'idée d'une première division à dix clubs et sans relégués?
Ridicule...

Etes-vous favorable à un élargissement de la première division?
Dix clubs, ce n'est pas suffisant. Nous devrions être capables d'avoir du foot professionnel dans douze régions du pays. Au minimum.

Comment voyez-vous le succès du petit club de Thoune, rivalisant avec le géant bâlois?
L'équipe nous rappelle qu'en sport, tout est possible. C'est réjouissant, mais neuf fois sur dix, partout en Europe, les grosses écuries sont en tête. Il est plus facile de faire une bonne mayonnaise avec de beaux gros oeufs.


DE GARDIEN DE BUT A PROMOTEUR
Né en janvier 1957 à Martigny, le jeune Christian Constantin mène de front une carrière semi-professionnelle de gardien de but (Xamax puis Lugano) et un apprentissage de dessinateur en bâtiments. A 25 ans, il se lance dans l'immobilier et crée, pas à pas, un bel empire. En 1992, le promoteur prend la présidence du FC Sion, avant d'être débarqué en 1997. Entre-temps, les Sédunois auront empoché un titre de champion et trois coupes suisses. Depuis 2003, Christian Constantin est revenu à la tête du club. En parallèle, l'entrepreneur rêve d'un grand complexe sportif à Martigny: 25000 places, des commerces, restaurants, cinémas et un casino. Il devrait voir le jour en 2007. Marié, Christian Constantin est père de trois enfants.
Infos:
www.christian-constantin.ch

www.migrosmagazine.ch,
RENAUD MICHIELS

Christian Constantin a décidé de ne pas solliciter un tribunal arbitral quant à l'organisation des barrages de promotion-relégation en Super League.

Publié par obol à 13:56:52 dans Foot FC Sion Valais | Commentaires (0) |