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Si un dirigeant pense que l'argent pousse comme les carottes, il est fichu d'avance | 11 mars 2005

Christian Constantin : «Pour réussir, il ne faut surtout pas croire que l'argent pousse comme les carottes»

Manifestement assagi, le président du FC Sion livre sa ligne de conduite en matière budgétaire.


«Pour monter un budget dans le foot suisse, et le tenir, il n'y a pas de secret. C'est beaucoup de travail pour dénicher des sponsors, et beaucoup d'efforts afin de limiter les dépenses au maximum.» Christian Constantin, président du FC Sion, semble avoir retenu les leçons du passé (quelques mois après la démission) de l'architecte octodurien, en décembre 1997, le club valaisan accusait un passif de plus de 10 millions de francs. Et acquis, par expérience sans doute, une nouvelle forme de sagesse.

Sa deuxième ère à la tête du club, qui a débuté fin 2003, est pour l'instant placée sous le signe de la raison. Le FC Sion, actuel quatrième du championnat de Challenge League, ambitionne de fêter son retour parmi l'élite dès la fin du présent exercice. Mais pas à n'importe quel prix. «Pour la saison 2004/05, notre budget s'élève à 5 millions de francs», affirme Christian Constantin. Comment se décompose-t-il? «Il y a d'abord le sponsoring. En comptabilisant tous les apports, de nos cinq partenaires principaux jusqu'au dernier panneau publicitaire dans le stade, nous atteignons des recettes de l'ordre de 2 millions de francs.»

Soit 40% du budget. Une proportion énorme en comparaison des chiffres servettiens présentés par Marc Roger. «Les deux cas sont extrêmes et exceptionnels», commente Constantin. «Tout dépend de la capacité de travail des gens. Il ne faut surtout pas croire que l'argent pousse comme les carottes. Et puis quelqu'un qui, comme moi, est bien implanté dans le tissu économique local, aura plus de chances de réussir qu'un dirigeant étranger. Des gens soutiennent le club parce que je les englobe dans d'autres opérations. Il y a une notion d'échange. En Valais, je connais du monde dans toutes les vallées. Quand je vais à Nax, par exemple, je trouve sans problème une douzaine de personnes prêtes à débourser 500 francs pour un ballon de match.»

Une manne de 1,5 millions.

Ce soutien local est matérialisé par trois entités proches du FC Sion: le club des abonnés, le club du lundi et le club des 1000. «Cela représente plus de 4 000 privés ou entreprises qui nous donnent entre 100 et 4000 francs par saison», précise le président. «En comptant les abonnés, la manne s'élève à environ 1,5 million de francs.» Le reste du budget est couvert par les recettes aux guichets (800 000 francs), par les divers profits générés par les buvettes, le merchandising et le programme des matchs (300 000 francs au total), ainsi que par l'apport de Christian Constantin lui-même, qui verse 400 000 francs à titre personnel.

Question dépenses, la masse salariale se taille la plus grande part du gâteau. «Hors taxe, elle s'élève à 150 000 francs par mois», reprend le dirigeant. «Avec les charges d'assurances, on arrive bon an mal an à 3 millions. Les 2 autres millions concernent les divers frais d'exploitation.» Que se passera-t-il si le FC Sion atteint son objectif, la promotion en Super League ? «Nous partirions avec un budget à hauteur de 6 millions. La différence serait couverte par la contribution de 400 000 francs de Simon Meier

la Swiss Football League, par l'augmentation des tarifs des abonnements et des recettes aux guichets. Quel que soit le train de vie d'un club, il y a une règle de base à ne pas transgresser : il ne faut jamais dépenser de l'argent que l'on ne possède pas. » D'une logique implacable, cette évidence n'a manifestement pas été respectée ces derniers mois du côté de la Praille.
 
«Si un dirigeant pense que l'argent pousse comme les carottes, il est fichu d'avance»
 
Christian Constantin se défend d'avoir laissé le FC Sion dans le rouge en 1997, et avoue travailler 90 heures par semaine. 
 

- A l'issue de votre première présidence du FC Sion, vous avez été accusé de laisser le club dans le rouge. Vrai ou faux? 

- (Il s'en va chercher une liasse de dossiers d'où il extrait des documents). A mon départ, le 31 décembre 1997, le passif se montait à 2,5 millions, le capital joueurs à 23 millions. Rien que les transferts de Lukic, Assis et Ouattara 3,5 millions au total  ont suffi à combler le trou. De juin 1992 à fin 1997, j'ai réalisé un chiffre d'affaires de 70 millions. Les cinq années suivantes, 17 millions sont rentrés dans les caisses. Le vrai problème, c'est qu'aucun successeur n'a réussi à lever les mêmes sommes que moi. Si un dirigeant pense que l'argent pousse dans les champs comme les carottes, il est fichu d'avance. 

- Dans les milieux du foot et des affaires, on vous qualifie souvent de prédateur. Cela correspond-il à votre caractère? 
- Les gens qui me connaissent affirmeront le contraire. Je suis sensible, émotif, mais je ne coupe pas les cheveux en quatre. A partir de là, il y a forcément de la porcelaine cassée en chemin. 

- La «porcelaine», ce sont ceux qui se dressent sur votre passage? 
- Je travaille avec les mêmes personnes depuis vingt-cinq ans. Si je n'étais pas tolérant et pondéré, ce serait impensable. 

- Vous avez bâti quelque 300 000 m2 en tant qu'architecte, et votre bureau générera 150 millions cette année en nouveaux projets. Quelle proportion ira au FC Sion?
- Quatre cent mille francs si je travaille bien, le double si je travaille mal.

- Travailler bien ou mal s'agissant de foot, ça veut dire quoi? 
- Bien, c'est réussir les performances sportives, la campagne d'abonnements, les transferts. Mal, c'est... l'inverse. 

- Si on vous demande de révéler votre fortune personnelle?
- Je le dirais si je le savais! Etant engagé dans l'immobilier, je suis soumis aux fluctuations imprévisibles de ce secteur. En tout état de cause, je dois bosser chaque jour et aligner les journées à rallonge. 

- Combien d'heures par semaine passez-vous au travail? 
- Environ 90 heures, dont le tiers dévolu au FC Sion. 

- Consacrez-vous du temps à votre épouse et vos trois enfants? 
- Pas assez selon ma femme. 

- Votre plus grande satisfaction? 
- J'espère qu'elle est encore à venir. 

- Votre plus douloureux échec? 
- J'aimerais réécrire le scénario de trois matches de Coupe d'Europe: contre Porto (1992), Liverpool (1996) et Galatasaray (1997), où Sion avait l'exploit au bout du soulier. 

- Votre rêve? 
- Que Dieu m'accorde la santé, je m'occupe du reste.

Propos recueillis par Fred Hirzel
Le temps

Publié par obol à 21:06:47 dans Foot FC Sion Valais | Commentaires (0) |